Une nuit blanche, 12 heures de marche, le lever de soleil au camp de base des Annapurnas, un guide népalais ayant gravis 6 fois l’Everest, des singes, une adrénaline de fou, mes jambes à deux doigts du suicide, des rencontres sympas et un dab sur le pont de Chhomrong : voila qui résume à peu près bien cette journée de fou. À la fois, la plus longue et la plus intense de ma vie.

Tu es en train de lire le 4e chapitre de mon récit sur le Népal. Clique ici si tu n’as pas encore lu le 1er.

proverbe tibétain

Heureusement que j’avais emporté une lampe torche…

Je me lève à 4h30 après une nuit blanche. Je me rends compte que plus je monte en altitude, moins il m’est facile de dormir alors que je passe la journée à marcher. Pourtant, mon corps ne devrait vouloir qu’une seule chose : se reposer… mais non. Je ne sais pas si c’est normal ou si c’est un symptôme du Mal Aigu des Montagnes. Peu importe, que j’ai ou non dormi, je profiterai à 300 % !

Je commence à me préparer. J’enfile deux pantalons, trois tee-shirts, un pull, mon manteau, mon cache-cou, mes chaussures et deux paires de gants. Oui, j’ai bien dit ‘deux’ paires de gants : une fine en soie et une paire de trail par-dessus.

Mes potes népalais sont déjà prêts lorsque je sors de la chambre. Contrairement à eux, je décide de partir avec mon sac à dos. J’ai encore mes étirements à faire (et oui, je joue plus avec le feu) donc ils me disent que je n’aurais qu’à les rejoindre.

Quinze minutes plus tard je suis parti. Il fait encore nuit noire et je peux voir l’une de leurs lampes torche au loin. Le trajet n’est pas simple. J’ai du mal à trouver mon chemin car tout est recouvert de neige et de glace.

Il y a beaucoup de dénivelé et avec l’altitude, il est difficile de trouver son souffle donc les trois népalais s’arrêtent régulièrement. Je les rattrape puis les dépasse parce que je ne veux pas rater le lever du soleil. Je donne tout ce que j’ai. Je m’enfonce dans la neige tous les cinq pas (au retour je m’apercevrai que je n’empruntais pas vraiment le bon chemin 😅).

Enfin, j’arrive au Camp de Base des Annapurnas alors que le soleil commence tout juste à se lever. La photo ci-dessous a été prise lorsque je suis redescendu, c’est pour cela que le soleil est déjà levé.

Je lâche des larmes de joie tellement je suis heureux. Ces trois premiers jours de trek étaient durs mais magiques. Des paysages magnifiques tout du long pour terminer avec celui-ci qui est à couper le souffle. Des personnes adorables rencontrés sur le chemin. La fierté d’y être parvenu seul. Tout ça me vient d’un coup et à cela, s’ajoute une immense gratitude d’être là, au milieu de l’Himalaya…

Lever du soleil sur les Annapurnas Selfie au camp de base des Annapurnas

En prenant ce selfie, je fais genre qu’il fait pas froid mais en fait je viens de retirer ma capuche et mes deux paires de gants… et je ne sens déjà plus mes doigts. Le point blanc que tu peux voir dans le ciel, c’est la Lune.

Un chocolat chaud pour 12 heures de marche

Une fois la session selfie terminée, je suis prêt à remettre mes gants. Seulement, si tu ne te réchauffes pas les mains avant de mettre les gants, ceux-ci vont seulement les garder au froid… pas super utile. Du coup, j’utilise la même technique pour réchauffer ses mains, connue depuis la nuit des temps et que j’ai utilisé lors de mon roadtrip en Islande : mettre ses mains dans son caleçon quelques minutes.

Je reprends la route.

Tu vois le chemin tranquillou sur lequel je marche ? À l’aller, j’étais plutôt dans la neige à droite…

5 minutes après avoir quitté le camp, j’entends un hélicoptère. Aucune idée s’il part chercher un blessé ou s’il vient simplement déposer des aliments. En tout cas, il est pas là pour moi donc c’est cool !

Une fois arrivée au Camp de Base du Machapuchare, je m’arrête à la première lodge pour prendre un big pot de chocolat chaud.

Cette fois-ci il est vraiment énorme le big pot ! Au village Bamboo, j’ai bu 8 tasses pleines mais là j’en bois une douzaine et j’ai l’impression de n’en être qu’à la moitié donc je donne le reste aux népalais.

Gravir l’Everest, c’est une balade pour certains

Encore quelques étirements et je suis reparti.

Paysage depuis Machapuchare

En descendant, je discute avec un trekkeur népalais qui marche super vite. Il me dit que pour lui, le travail, c’est des vacances parce qu’il est guide et qu’il adore la randonnée. Je lui demande s’il est donc le guide des deux autres népalais derrière nous mais il me répond que non. Ceux sont en fait des amis à lui et ils sont tous les trois en vacances. Je lui demande ensuite qu’elle est la plus haute altitude à laquelle il ait grimpé et il me répond aussitôt : « l’Everest« . Il l’a gravi une seule fois et me dit que c’est dur mais sans plus. Il ajoute que son ami, juste devant nous, l’a déjà gravi six fois en tant que guide. Ah oui d’accord. On a pas le même niveau haha.

Photo entre Deurali et Machapuchare

La planète des singes

Lorsque je rentre à nouveau dans la jungle, je suis cent fois plus attentif que la veille. Des népalais avec qui j’ai discuté m’ont expliqué qu’il est fréquent de croiser des ours en plus des singes et qu’il est rare mais possible, de rencontrer un léopard des neiges.

Je suis donc à l’affût et prêt à grimper au premier arbre venu.

Quelques dizaines de minutes plus tard, je vois mon premier singe. Il s’enfuit aussitôt mais je commence à en apercevoir de plus en plus. 1, 2, 3, 4, 5… j’arrête de compter et je sors ma GoPro pour tenter d’en capturer un.

Tu dois pouvoir en voir un au centre de la photo. Je ne zoom pas parce qu’après, la qualité est vraiment mauvaise. Et surtout parce qu’il était en train de faire la grosse commission…

Un peu plus tard, en levant la tête, je vois un singe sur la branche juste au dessus de moi. Il est scotché sur son portable… euh sa feuille et n’a même pas remarqué que je suis là à l’observer. Sa feuille tombe alors et il me voit. Il s’enfuit à toute allure en sautant de branche en branche.

Pause dodo sur l’hélisurface pour récupérer des forces

En arrivant à Bamboo, je décide de faire une petite pause pour récupérer un peu de ma nuit blanche. Je trouve une hélisurface dans l’herbe et y dort une vingtaine de minutes.

Peu après être reparti, j’arrive face à d’innombrables marches et j’ai l’impression d’avoir déjà épuisé toute mon énergie.

A chaque marche, je prends grosse inspiration suivie d’une profonde expiration. Je me concentre dessus et je m’imagine mentalement en train de grimper l’escalier de ma maison : « une trentaine de marches et je suis dans ma chambre« . Après une centaine de marche gravies, je ne sens d’un coup plus la douleur dans mes jambes et je n’ai plus besoin de respirer aussi fort. Je viens de recevoir une énorme dose d’adrénaline comme un sportif qui se dope. Et je décide d’en profiter.

Surtout, il ne faut pas s’arrêter, sinon mes muscles vont se refroidir et je ne pourrai plus repartir. Et je ne veux vraiment pas perdre cette adrénaline.

Un bout de chemin avec un Sud-Coréen

Je dépasse toutes les personnes que je croise, cependant, un népalais ne cesse de me rattraper. Cela devient une sorte de petite compétition où chacun dépasse l’autre. Finalement, au bout d’un moment, je lance la conversation et il m’explique qu’il s’entraîne pour rentrer dans l’armée coréenne. Je lui demande pourquoi il veut faire l’armée et il me répond sans réfléchir : « To fight North Korea and to kill Kim Jong Un ». Cool, t’es ambitieux, je compte sur toi.

Dans la descente après le village de Sinuwa, je croise un enfant népalais qui rentre de l’école en cheval. Première fois que je vois quelqu’un sur un cheval ici. Il doit être le king dans son école.

Un autre bout de chemin avec un Chinois qui trouve son guide/porteur faible et bien trop lent

Lorsque je marchais avec le Coréen, nous l’avions dépassé mais alors que j’approche de Chhomrong, je le vois qui se rapproche. Je l’attends pour lui demander de me prendre en photo sur le pont.

Ensuite on monte à Chhomrong par les escaliers de la mort.

Il me raconte sur le chemin qu’il trek lui aussi seul (c’est le premier que je croise qui trek seul) mais qu’il a engagé un guide/porteur à 20$ la journée. Choix qu’il regrette car il porte finalement lui-même son sac et a toujours plusieurs kilomètres d’avance sur son guide…

En route pour les sources chaudes

J’ai cru comprendre qu’au village Jhinu, donc la prochaine étape, je peux me baigner dans des sources naturelles d’eau chaude. C’est en grande partie ce qui m’a motivé à marcher une douzaine d’heures avec une cadence assez rapide.

Sauf qu’en arrivant, avec les jambes en compote et l’adrénaline qui m’a dit bye depuis quelques kilomètres, je ne vois aucune source chaude. Je demande aux villageois et ils m’expliquent qu’il faut que je descende pendant une vingtaine de minutes jusqu’à la rivière.

Sauf que là, il fait déjà nuit et dans ma tête, Jhinu c’était le terminus… Mes jambes ne me soutiennent plus, jamais je n’arriverai à remonter depuis la rivière. Ce n’est pas grave, j’irai demain.

Après une bonne douche (où j’ai profité de l’eau chaude pour laver tous mes habits), je pars manger un plat de Dal Bhat dans le restaurant. J’en reprends deux fois tellement j’ai faim. Ça fait du bien !

Je pars ensuite me coucher en me demandant si je vais finalement terminer ce trek en 5 jours après une pause baignade dans les sources chaudes.

Clique ici pour lire la suite de l’aventure dans le cinquième billet.

J’arrive au Camp de Base des Annapurnas
5 (100%) 4 votes

Merci beaucoup pour le partage !

Suis-moi sur Facebook (lors des mes voyages, j'y raconte en direct mes aventures)